12 juillet 1998 : la France remporte sa première Coupe du Monde

Le Stade de France, construit en 1998 pour abriter les matchs de la Coupe du Monde en 1998, la deuxième édition a être organisée par la France depuis 1938, a obtenu le label Architecture contemporaine remarquable le 26 novembre 2021. C’est l’occasion de revenir sur une des plus grandes victoires du football français.

Au soir du 12 juillet, la France entière est en liesse. Les Bleus viennent de remporter la Coupe du Monde de football pour la première fois de leur histoire. On estime qu’un million de personnes au minimum se retrouve sur les Champs-Élysées, une foule que l’on n’avait pas vu, dira-t-on, depuis la Libération, lors de la descente du général de Gaulle le 26 août 1944. On chante, on danse, on monte sur les abribus et les toits de voiture, les klaxons retentissent sur les routes et le drapeau français est fièrement agité partout. L’effervescence festive de cet évènement ne sera jamais retrouvée lors d’un évènement sportif, pas même lorsque l’équipe de France remportera une seconde étoile en 2018.



Ce fut certes un périple sportif historique, mais mouvementé. La victoire de l’équipe de France, personne n’y croyait vraiment. Dès le début de l’aventure, et ce depuis la déconfiture de la Coupe d’Europe deux ans plus tôt, Aimé Jacquet, sélectionneur de l’équipe depuis 1996, est vivement critiqué par la presse et l’opinion publique pour ses choix, dont celui d’avoir sélectionné vingt-nuits joueurs au lieu des vingt-deux habituellement requis. Il est particulièrement descendu en flammes sous la plume de Jérôme Bureau, directeur du magazine de presse sportive L’Équipe. Il affirmera que Jacquet « n’est pas l’homme qu’il faut pour gagner la Coupe du Monde » et, loin de s’en tenir à un épluchage de ses compétences professionnelles, le journal rabaisse à de nombreuses reprises la personne même de Jacquet.


C’est dans le reportage « Les Yeux dans les Bleus », sorti quelques jours après la victoire de la France que l’on peut constater toute l’implication d’Aimé Jacquet. Les Bleus sont filmés au quotidien et sur plusieurs mois en amont de la compétition, lors des entraînements, des mi-temps et des moments de détente, et les séances de coaching révèlent que le sélectionneur dirige son équipe avec fermeté mais empathie, travaillant les faiblesses de son équipe et cultivant leurs forces. Son discours impitoyable de mi-temps lors d’une demi-finale difficile face à la Croatie restera par ailleurs dans les annales.


La stratégie qu’il adopte sur la durée, et dont il n’aura jamais douté ni dévié, finira par payer. Il évoquera sa détermination à garder la tête haute sous le feu des critiques sur le plateau de TF1 dans l’émission Champions du Monde, et tancera L’Équipe de journal « d’incompétents » pour qui il n’a « pas le moindre respect ». Jérôme Bureau présentera publiquement ses excuses à la télévision mais Aimé Jacquet ne leur pardonnera jamais.


Exploit de persévérance, la victoire des Bleus s’émaille aussi de surprises inespérées. Lors des prolongations du huitième de finale contre le Paraguay, c’est Laurent Blanc qui permet à l’équipe de remporter le match grâce à la règle du but en or, selon laquelle la première équipe qui marque une fois passé le temps réglementaire gagne. Muraille impénétrable jusqu’à ce moment, le gardien paraguayen José Luis Chilavert n’intercepte pas la balle, qui scelle le sort de son équipe. Ce jour-là, Zinédine Zidane avait été interdit de match après avoir essuyé un carton rouge lors du match précédent, contre l’Arabie Saoudite, pour s’être volontairement essuyé le pied sur un joueur qui l’avait percuté.



À la seconde mi-temps de la demi-finale, le 8 juillet, l’attaquant Croate Davor Šuker, meilleur buteur de ce mondial, marque un but, dont on dira qu’il aura été permis par une faute de Lilian Thuram, mal placé sur sa surface, ce qui permettra à Šuker d’éviter le hors-jeu. Mais c’est Thuram lui-même qui égalisera moins d’une minute plus tard, alors qu’il n’est pas réputé pour sa capacité à marquer des buts, au contraire. Pourtant, vingt plus minutes plus tard, il en marque un deuxième, à la surprise générale, y compris la sienne ! Lilian Thuram tombe à genoux, le doigt sur la bouche, l’air songeur. La photo de sa réaction fera le tour du monde. Il confiera des années plus tard qu’à ce moment, sa mère s’est évanouie d’émotion dans le public ; c’est dire si l’évènement est exceptionnel.



Les derniers matchs de la Coupe furent aussi marqués par un évènement tragique. À la fin du match Allemagne-Yougoslavie qui a lieu au stade Félix-Bollaert le 21 juin, Daniel Nivel, un gendarme français, est violemment agressé par un groupe de hooligans allemands dans une rue où il surveillait un car de gendarmerie avec deux collègues qui parviendront à s’enfuir. Il passera six semaines dans le coma entre la vie et la mort à l’issue duquel il restera lourdement handicapé. Miroslav Blažević, l’entraîneur Croate, portera alors un képi de gendarme à tous les matchs suivants de la compétition pour lui rendre hommage ; Aimé Jacquet et les Bleus décideront eux de faire coudre sur le fanion français de France-Croatie l’écusson de l’escadron de gendarmerie du Nord-Pas-de-Calais, auquel appartenait alors Daniel Nivel, et qui représente le lion de Flandre, un lion noir sur un fond couleur or.



La victoire française de la Coupe du Monde de football en 1998 est le résultat d'un travail d'équipe exceptionnel et continue à marquer les mémoires comme un exploit de persévérance et de solidarité. Elle reste par ailleurs un des plus importants évènements d'unité nationale que la France a connu ces trente dernières années. C'est bien la preuve que le jeu et l'esprit d'équipe d'un sport comme le football rassemble !

16 vues0 commentaire